Dimanche 24 Mars 2019
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Statistique des accidents 2000-2009 / Rapport annuel 2009

La branche de l'électricité a malheureusement subi un recul sévère l'an dernier. Le rapport révèle comment et pourquoi ces accidents parfois épouvantables surviennent régulièrement. Il est important de faire connaître à la branche où sont les dangers et comment il est possible de réussir à les éviter.

L'électricité représente un danger qu'on ne peut ni voir, ni entendre, ni remarquer, ni sentir, ni goûter. Quand un accident survient, les douleurs et les conséquences en sont d'autant plus tragiques et souvent mortelles.

Travaux dans une installation à haute tension

Les collaborateurs d'un exploitant de réseau étaient occupés au démontage et au démantèlement d'un deuxième transformateur dans une station transformatrice. Deux collaborateurs étaient en train de déconnecter un câble à moyenne tension dans le compartiment à haute tension. Pour dévisser le câble de la distribution, un collaborateur a grimpé dans le compartiment sans en avoir reçu les instructions et sans équipement de protection individuelle (EPI). La barre collectrice de l'installation était sous tension. Aucun protecteur isolant comme dispositif de protection n'avait été monté. Un autre collaborateur lui a passé des outils. Au moment de dévisser les boulons au bout du câble de la distribution un arc d'une température de jusqu'à 10 000 °C a dû se déclencher entre la barre collectrice et la personne. Le défaut à la terre ainsi provoqué avait une intensité d'env. 20 kA (illustration 1). L'arc a brûlé le corps d'un des ouvriers et a également atteint le collaborateur debout devant le compartiment. Les autres collaborateurs ont essayé d'éteindre le feu sur le corps des deux collègues et de les mettre à l'abri. Ce faisant, ils ont été, eux, intoxiqués par la fumée. Le premier accidenté est mort des suites de ses graves brûlures, le deuxième a survécu avec des brûlures.

Les collaborateurs étaient entrés dans une installation à haute tension sous tension sans instructions écrites et sans protection adéquate (port de l’EPI). Le protecteur isolant vis-à-vis de la barre collectrice n’avait pas non plus été monté.

Pour chaque travail dans une installation à courant fort, il faut désigner une personne responsable des mesures de protection et de la sécurité d'exécution des travaux (art. 67, al. 2 OCF). Elle sécurise la place de travail selon les 5 règles de sécurité et ne libère le lieu que lorsqu'il est possible d'y travailler sans danger. En vertu de l'ordonnance sur les installations électriques à courant fort, cette personne doit être compétente (art. 11, al. 1 OCF). Pour les travaux, des instructions doivent être données par écrit (art. 69 OCF).

 

Percement dans le fil de lampe

En raison de la grande charge de travail d’une entreprise de chauffage, un collaborateur à la retraite s’est déclaré disposé à aider sur un chantier. Le jour de l’accident, le collègue de travail travaillait sur un autre chantier et le retraité a donc travaillé tout seul. Il a été vu vivant pour la dernière fois à 9 heures par la propriétaire. L’accidenté était occupé à poser à la cave des conduites pour la nouvelle chaudière à copeaux. Les supports pour la conduite étaient déjà montés. La propriétaire, désireuse de s’informer sur l’avancement du travail, est entrée dans la cave aux environs de 11 h 15 et a découvert l’accidenté gisant sur le dos dans la chaufferie. Le médecin d’urgence n’a pu que constater la mort de l’ouvrier.

Que s’était-il passé ? En perçant les trous de cheville pour le montage des supports, le fil d’alimentation du tube fluorescent a été percé. Après la mise en place de la cheville mâle, celle-ci s’est trouvée en contact avec le fil d’alimentation de la lampe. Le fil d’alimentation de la lampe n’a pas été coupé et le conducteur neutre n’a pas été endommagé, si bien qu’il y avait encore de la lumière.

Du fait de percer le fil de lampe un support s’est retrouvé sous tension. L’accidenté ne l’a pas remarqué car il portait des chaussures de sécurité bien isolées. Ce n’est que lorsqu’il a touché les deux supports lors du montage des tuyaux qu’il y a eu un défaut à la terre à travers son corps. La mesure a indiqué une différence de potentiel de 238 V entre le support de droite et celui de gauche. L’accidenté a été traversé par un courant électrique d’environ 240 mA ce qui a provoqué une tétanisation.

  • L’installation électrique de plus de 20 ans est réalisée encore d’après le schéma III, ce qui veut dire qu’aucun conducteur de protection séparé n’a été tiré jusqu’aux appareils et aux prises. Un dispositif de protection à courant différentiel-résiduel (appelé DDR ou interrupteur différentiel) ne peut pas être mis en place dans ces installations.

Travaux de routine simples, telles des mesures

Il a été demandé à l'accidenté de chercher une panne dans la machine à laver les caisses. La panne était supposée située au niveau d'une sonde de niveau d'eau fonctionnant avec une tension de service de 230 V. La sonde était branchée sur un domino non fixé. Comme l'accidenté était seul et qu'il devait effectuer une mesure aux bornes du domino, il a eu des difficultés à tenir les pointes de mesure de façon qu'elles soient elles aussi en contact. D'une main il tenait une pointe de l'appareil de mesure sur la borne du conducteur neutre et de l'autre il devait diriger la deuxième pointe de l'appareil sur le conducteur polaire et en plus, maintenir encore le domino.

Ce faisant, les pointes de mesure ont dû glisser de telle façon que l'accidenté a été électrisé (zone de pénétration du courant). En même temps, il a touché avec le bras nu la partie de l'installation mise à la terre. Le courant lui a traversé le corps et il est mort.

  • En vertu de l'art. 76 OCF seules des personnes spécialement formées peuvent être engagées pour exécuter des travaux sous tension. Ces travaux doivent, en vertu de l'art. 79 OCF, toujours être effectués à deux. Lors de la recherche de la panne sous tension, il faut porter des protections corporelles telles que des gants et des vêtements recouvrant le corps et également prévoir un emplacement isolé. Le tournevis testeur ne doit pas être utilisé comme appareil de mesure. Les travaux commencés doivent toujours être terminés. Les installations provisoires doivent être normalisées le plus vite possible.

 

Réparations sur un groupe de convertisseurs

 Les équipements auxiliaires d’un groupe de convertisseurs ne fonctionnaient pas correctement. Comme un deuxième groupe de convertisseurs était disponible, il a été décidé de reporter la réparation à l’après-midi.

L’électricien d’exploitation a alors trouvé également un fusible HPC défectueux dans l’armoire correspondante. Les fusibles étaient vissés sur des modules et devaient d’abord être mis hors circuit avant de pouvoir les changer.

L’accidenté avait mis hors circuit une sortie de la distribution principale. Comme l’installation était très complexe et qu’il ne s’y connaissait pas vraiment, il a voulu mettre l’alimentation à la terre avec une garniture de terre. Il s’est alors produit un court-circuit bipolaire avec jusqu’à 30 kA (illustration 6). Le fusible primaire de la sortie du transformateur s’est déclenché et l’arc s’est éteint. L’accidenté a été gravement brûlé aux mains et au visage par l’arc électrique.

  • L’application correcte des 5 règles de sécurité, dans ce cas précis vérifier l’absence de tension, aurait certainement permis d’éviter l’accident.
  • Lors du contrôle du schéma, il a été évident que la sortie a été prise directement à la barre collectrice pour les équipements auxiliaires. Celle-ci était elle-même directement connectée au transfo de 1250-kVA avec un courant nominal de 2000 A.
  • Le port correct de l’équipement de protection individuelle, qui était à disposition dans l’armoire à côté, aurait réduit au minimum les brûlures au visage et aux mains.

Accidents bénins

Un accident ne se produit pas par hasard. Il y a toujours différentes causes à l'origine d'un accident. Ce qui est aléatoire, ce sont les conséquences car celles-ci ne sont pas prévisibles dans le cas des accidents électriques. Selon l'effet de l'électricité sur les hommes, les conséquences sont dans le meilleur des cas une légère électrisation et la mort dans le pire des cas.

L'exemple suivant est représentatif de ce type d'accidents qui se produisent quotidiennement : Des rénovations ont été faites dans une librairie. Pour assurer malgré tout l'ouverture du magasin, la partie en travaux a été isolée par une cloison. Comme l'installation de l'éclairage allait au-delà de la cloison, l'alimentation du jeu de barre a été simplement retirée. Elle pendait non isolée et sous tension du plafond. Elle était si mal placée qu'une étagère en métal s'est retrouvée sous tension. Elle reposait sur le tapis et se trouvait donc ainsi isolée de la terre. Une élève se trouvait sur l'escalier qui avait des barres métalliques.Elle a touché l'étagère et a été si fortement électrisée qu'elle a dû être hospitalisée.

  • Les installations sous tension qui ne sont pas sécurisées contre les contacts doivent toujours être mises hors circuit, sécurisées contre un réenclenchement, isolées et étiquetées. La protection contre les contacts de IP4X (1 mm) doit être assurée. Sur les chantiers, le danger que représentent les installations sous tension est particulièrement grand. Les câbles et les fils qui pendent doivent toujours être considérés comme étant sous tension.

Pour le contrôle, il faut appliquer les 5 règles de sécurité

 

Les 5 règles de sécurité (art. 72 OCF, art. 22 OIBT)

  1. Déclencher et ouvrir les sectionneurs de toutes parts
  2. Les assurer contre le réenclenchement
  3. Vérifier l’absence de tension
  4. Mettre à la terre et en court-circuit
  5. Protéger les parties voisines restées sous tension

Un résumé sur les différents accidents

Il faut malheureusement constater que le nombre des accidents du travail d’origine électrique a augmenté. Le chiffre absolu de 130 cas est le plus haut des 10 dernières années.L’augmentation est indépendante des groupes de personnes, de la formation et de l’âge. Il est difficile d’expliquer à quoi cela tient. Une progression est enregistrée pour les petits accidents entraînant des arrêts de travail < 3 jours. La nouveauté est que de plus en plus d’accidents électriques ont lieu pendant les mois plus froids, d’octobre à mai. Là, on constate une nette augmentation, peut-être due aussi à la conjoncture. La tendance que les accidents se produisent dans les installations électriques à basse tension ne change pas, et est même en augmentation. La formation et le perfectionnement des électriciens et l’expérience jouent ici un rôle décisif. La sécurité dans l’utilisation de l’électricité doit être appliquée sur tous les chantiers. Si la vue d’ensemble sur les installations électriques dans les maisons ou les immeubles d’habitation est encore plus ou moins claire, elle devient d’autant plus complexe sur les gros chantiers, dans le domaine des bureaux et de l’industrie. Pour éviter ici des accidents, il faut absolument appliquer de façon systématique les 5 règles de sécurité à tous les niveaux, des responsables au professionnel sur place. Quand plusieurs entreprises travaillent ensemble sur des installations électriques, l’une d’elles doit être désignée comme responsable de la mise sous tension et de la mise hors circuit. C’est à elle que revient lors de travaux de mettre les installations électriques hors circuit selon les 5 règles de sécurité (méthodes de travail 1–3).

Si la plupart des accidents se produisent dans une installation à basse tension avec passage du courant, les conséquences dans les installations à courant fort sont largement plus graves avec des brûlures importantes dues à l’arc. Il s’agit ici d’appliquer de façon conséquente les mesures de prévention des accidents prescrites dans l’ordonnance sur le courant fort. Il ne faut exécuter aucun travail sans ordre écrit et sans responsable de la sécurité. De la même façon, le port de l’équipement de protection individuelle est le garant d’une protection personnelle lors d’accidents. A ce propos, l’ESTI a publié les directives «Activités sur des installations électriques ESTI 407.0909». Imprimer les concepts de sécurité sur une feuille de papier ne suffit pas. Les responsables hiérarchiques doivent en informer leurs collaborateurs, leur montrer l’exemple et les contrôler et ceux-ci doivent systématiquement appliquer les instructions.

D'où vient cette forte augmentation ? Cela tient-il au fait que ces accidents sont de plus en plus annoncés ? On peut exclure cette hypothèse car la procédure d'annonce n'a pas été changée.

Cela tient bien plus au fait que l'électricité continue à être traitée trop à la légère. Beaucoup de travaux sont des travaux de routine.  «Nous n'avons encore jamais eu d'accident jusqu'à maintenant et nous faisons ainsi depuis longtemps déjà». Ce sont des arguments que les experts entendent constamment. Et pourtant – cela arrive continuellement !

L'analyse des accidents a montré aussi l'an passé qu'une application correcte des 5 règles de sécurité aurait permis d'éviter presque la moitié des accidents. Un encadrement conséquent par les supérieurs aurait permis d'éviter l'autre moitié des accidents dus principalement à des fautes d'organisation.Le fait que les accidents électriques ne sont pas provoqués par des individus est confirmé par la constatation que l'organisation et l'environnement figurent comme étant la cause dans environ 40 % des cas. Que les installations et les matériels en soient la cause dans un peu moins de la moitié des cas confirme qu'il existe encore des installations mal entretenues et des appareils mal utilisés.

Si la branche veut réduire les accidents électriques, la seule solution est une application conséquente de toutes les règles et mesures de sécurité connues. L’électricité n’est dangereuse que dans la façon dont elle est utilisée. Que les personnes qui s’impliquent activement pour une électricité sûre soient remerciées.

L’ESTI vérifiera de plus en plus lors de ses contrôles l’organisation interne de l’entreprise. A cela s’ajoute également le concept de sécurité avec les formations correspondantes. En collaboration avec la SUVA, des contrôles seront faits pour vérifier l’existence et le port de l’EPI.

Dario Marty, ingénieur en chef

Souce : http://www.esti.admin.ch/files/aktuell/F_Unfallstatistik_2000_2009.pdf